mercredi 16 décembre 2015

Un gouvernement "FN" en Pologne





Comme le Fidesz en Hongrie, le

 parti Droit et Justice (PiS),

 vainqueur des législatives

 polonaises d’octobre, veut le

 pouvoir, tout le pouvoir.

 

A peine installée, la formation conservatrice a

 engagé l’épreuve de force pour faire 

entrer quatre de ses poulains au Tribunal 

constitutionnel. 
 

En tête du cortège qui a réuni, dimanche, 20 000 personnes pour répondre aux 50 000 rassemblés la veille par des associations de «défense de la démocratie», caracolait l’homme fort du PiS, son fondateur, Jaroslaw Kaczynski. 
 

Ce tribun, plus que jamais, ressemble à Viktor Orbán, le plus eurosceptique et autoritaire des dirigeants d’Europe de l’Est.

Jaroslaw Kaczynski ne se cache plus derrière la Première ministre, Beata Szydlo, qu’il a fait élire pour des raisons purement tactiques.
L’homme, qui avait dû quitter le pouvoir après un bref et tumultueux passage au sommet du gouvernement, savait très bien que les opinions négatives qu’il faisait surgir auraient empêché son parti d’emporter le scrutin. Kaczynski s’était donc effacé pendant la campagne.
N’intervenant que pour fixer la ligne, signifiant par exemple son refus d’accueillir des réfugiés, accusés de propager la dysenterie, le terrorisme ou autres fléaux.
L’élection gagnée, Kaczynski est donc de retour, même s’il n’occupe aucune autre position que celle de chef de parti.


La bataille n’est pas sans enjeu.
Le PiS a déjà la présidence de l’Etat en la personne d’Andrzej Duda, élu en mai, et la majorité absolue au Parlement depuis octobre, ainsi que le gouvernement formé en novembre.
Il a maintenant besoin du Tribunal constitutionnel pour avaliser ses lois sans contestation.
Cette insistance à faire entrer ses hommes au sein de cette instance ne peut que soulever dans l’opposition le soupçon que le PiS se prépare à faire voter des lois antidémocratiques.
Voire à remodeler la Constitution pour instaurer un régime présidentiel fort.
Les premiers signes de dérive autoritaire à la hongroise sont déjà décelables : remplacement simultané des chefs des services secrets, appel à transformer les chaînes publiques en «médias nationaux», interdiction en novembre (levée par la suite) d’une pièce de théâtre pour prétendue pornographie.
«Si les choses continuent ainsi,notait alors le quotidien Gazeta Wyborcza, nous aurons bientôt une véritable "révolution culturelle" en Pologne.
On tournera des films qui glorifient l’histoire du pays et l’on produira des pièces de théâtre sans pornographie.
Il y aura par ailleurs des programmes journalistiques dans lesquels il sera interdit d’interrompre les politiques en posant des questions désagréables…»
Ces péripéties rappellent la façon dont Kaczynski avait gouverné de juillet 2006 à novembre 2007, ouvrant des mois de querelles, résolues seulement par des élections anticipées qu’il devait perdre.
Car, contrairement à la Hongrie, la Pologne a une société civile forte.
Comme l’a rappelé dimanche soir une veillée de protestation devant le domicile du dictateur en herbe, à l’instar de ce que faisait Solidarnosc devant la maison du général Jaruzelski à l’époque du communisme finissant.
Hélène Despic-Popovic Chef adjointe du service Planète

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