samedi 2 septembre 2017

Commémoration




DU CAMP DE 

CONCENTRATION DE

ST -SULPICE

1941/1944


Madame RONDI-SARRAT 
 
invitait toute la population

 à participer à cette 
 
cérémonie du souvenir….


Nous n'étions que 20 personnes + les autorités,

les porte-drapeaux, les pompiers et la 

fanfare….

Des trains sont partis de la gare de St Sulpice vers Drancy et  

Buchenwald !!!


Aujourd’hui, nous nous souvenons d’un des épisodes les plus sombres de l’histoire de Saint-
Sulpice. Comme à chaque commémoration, je m’associe pleinement à ce devoir de mémoire.
"Gardons-nous d'oublier!" Entre 1940 et 1944, ce camp a été celui des indésirables, des parias, de ceux qui étaient considérés comme dangereux pour la défense nationale.

Les hommes, les femmes, les enfants qui y étaient enfermés n’étaient plus des hommes, mais des « éléments subversifs » qu’il fallait tenir à l’écart de la société, juifs, tziganes, résistants...

Notre présence ici ce matin est un hommage à la mémoire de ceux qui ont subi la haine,
l'exclusion, la torture, jusqu'à la mort.


Simone VEIL nous raconte :

"Lorsque je repense à ces années heureuses de l'avant-guerre, j'éprouve une profonde nostalgie. Ce bonheur est difficile à restituer en mots, parce qu'il était fait d'ambiances calmes, de petits riens, de confidences entre nous, d'éclats de rire partagés, de moments à tout jamais perdus. C'est le parfum envolé de l'enfance, d'autant plus douloureux à évoquer que la suite fut terrible".

1944 - La déportation [Dans les premières années de la guerre, la région de Nice est épargnée par les rafles. Mais, au printemps 1944, alors que la situation s'est brutalement détériorée, cinq membres de la famille Jacob sont arrêtés à Nice. Simone, sa mère et sa soeur Madeleine (alias Milou) sont transférées à Drancy puis à Auschwitz. (...).Le père, André, et son fils, Jean, sont déportés en Lituanie. Denise, la troisième fille des Jacob, est entrée dans la résistance. Elle sera par la suite arrêtée et déportée.

Dans la soirée du 15 avril 1944, Simone, Milou, sa soeur et leur mère arrivent au camp
d'Auschwitz-Birkenau.

"Nous avons marché avec les autres femmes, celles de la "bonne file", jusqu'à un bâtiment éloigné,
en béton, muni d'une seule fenêtre, où nous attendaient les "kapos"; des brutes, même si c'étaient des déportées comme nous, et pas des SS.

Nous avons tout donné, bijoux, montres, alliances.

À notre arrivée, il fallait à tout prix nous désinfecter.
Nous nous sommes donc déshabillées avant de passer sous des jets de douche alternativement froids et chauds, puis, toujours nues, on nous a placées dans une vaste pièce munie de gradins, pour ce qui, en effet, était une sorte de sauna. La séance parut ne devoir jamais finir. Les mères qui se trouvaient là devaient subir pour la première fois le regard de leurs filles sur leur nudité. C'était très pénible.

Quant au voyeurisme des kapos, il n'était pas supportable. Elles s'approchaient de nous et nous tâtaient comme de la viande à l'étal. On aurait dit qu'elles nous jaugeaient comme des esclaves.

Je sentais leurs regards sur moi. J'étais jeune, brune, en bonne santé ; de la viande fraîche, en
somme. 

Une fille de seize ans et demi, arrivant du soleil, tout cela émoustillait les kapos et suscitait
leurs commentaires. 

Depuis, je ne supporte plus une certaine promiscuité physique.

Vaille que vaille, nous nous faisions à l'effroyable ambiance qui régnait dans le camp, la pestilence des corps brûlés, la fumée qui obscurcissait le ciel en permanence, la boue partout, l'humidité pénétrante des marais. 

Pour nous, les filles de Birkenau, ce fut peut-être l'arrivée des Hongrois qui donna la véritable mesure du cauchemar dans lequel nous étions plongées.

L'industrie du massacre atteignit alors des sommets: plus de quatre cent mille personnes furent exterminées en moins de trois mois.
Je voyais ces centaines de malheureux descendre du train, aussi démunis et hagards que nous, quelques semaines plus tôt. La plupart étaient directement envoyés à la chambre à gaz. 

Un matin, les SS nous ont entassées sur des plates-formes de wagons plats, et nous avons été
dirigées d'abord sur Maut-hausen, où le camp n'a pas pu nous accueillir, faute de place. Nous
sommes alors reparties pour huit jours de train, en plein vent, sans rien à boire ni à manger. Nous tendions les rares gamelles que nous avions pu emporter afin de récupérer la neige et la boire.

Lorsque notre convoi a traversé les faubourgs de Prague, les habitants, frappés par le spectacle de cet entassement de morts-vivants, nous ont jeté du pain depuis leurs fenêtres. Nous tendions les mains pour attraper ce que nous pouvions. La plupart des morceaux tombaient par terre. .

Je me souviens de l’arrivée des soldats anglais à Bergen-Belsen, c’est à peine si nous avons pu nous en réjouir. La libération venait trop tard, nous avions le sentiment d’avoir perdu toute humanité et toute envie de vivre.(...).

Dès le retour des camps, nous avons ainsi entendu des propos plus déplaisants encore qu'incongrus, des jugements à l'emporte-pièce, des analyses géopolitiques aussi péremptoires que creuses. 

Mais il n'y a pas que de tels propos que nous aurions voulu ne jamais entendre. 

Nous nous serions dispensés de certains regards fuyants qui nous rendaient transparents. 

Et puis, combien de fois ai-je entendu des gens s'étonner: "Comment, ils sont revenus?

Ça prouve bien que ce n'était pas si terrible que ça." 

Quelques années plus tard, en 1950 ou 1951, lors d'une réception dans une ambassade, un fonctionnaire français de haut niveau, je dois le dire, pointant du doigt mon avant-bras et mon numéro de déportée, m'a demandé avec le sourire si c'était mon numéro de vestiaire!

Après cela, pendant des années, j'ai privilégié les manches longues.

Nous, les rares rescapés, nous n’avions plus de famille, plus de parents, plus de foyer.

Seuls, nous l’étions, d’autant plus que ce que nous avions vécu, personne ne voulait le savoir.

Ce que nous avions vu, personne ne voulait l’entendre.

Ce que nous avions à raconter, personne ne voulait en partager le fardeau.

Nous ne devions pas vivre : la suprématie nazie était tellement écrasante que
nous avions intériorisé jusqu’à l’inéluctabilité de notre condamnation à mort.

Nous, les rescapés, nous, les témoins, n’avions survécu que pour être rendus au silence.

Qu’ils vivent, soit, mais qu’ils se taisent”, semblait nous dire le monde hors du camp.."

Tout dans la déportation appelle d'abord le silence.

Le silence de la peur, parce que les mots manquent, le silence longtemps gardé par les rescapés, le silence de la réflexion, le silence de l'introspection, le silence du souvenir.

Le silence aussi de l’humilité.

Madame Simone VEIL, disparue le 30 juin 2017

Dans notre monde où réapparaissent des 

actes  et des propos xénophobes, racistes, 

antisémites et discriminatoires , les rescapés 

des camps de la mort rappellent toute 

l’importance des valeurs de solidarité, de 

fraternité et de tolérance, qu’ils n’ont eu de 

cesse de promouvoir et de défendre depuis 

leur retour.

Il nous appartient de préserver ces valeurs qui sont celles de notre République.

Nous devons alerté et dire à nos enfants que c’est surtout dans les moments de crise que
resurgissent les discours antidémocratiques, xénophobes, racistes et antisémites, dans lesquels ils doivent discerner les thèses de ceux qui ont exterminé les juifs d’Europe, massacré les Tziganes, déporté et fusillé les Résistants.

Ce souvenir, qui nous a réunis ce matin, doit nous inciter quelle que soit la douleur que l'on en conçoit à rester vigilants, très vigilants.

Honte aux Absents d'hier et d'aujourd'hui!


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